Catégorie : Live

Le Confort Moderne, Poitiers rocks!


En 1983, Glen Branca débarquait à Poitiers accompagné d’un jeune groupe, largement inconnu, qu’il avait signé sur son label Natural Records. Ce concert au Confort Moderne fera date, puisqu’il s’agit de la toute première performance des Sonic Youth en Europe. Près de trente années ont passé, mais les programmateurs du lieu n’ont pas oublié cette filiation avec la scène no wave new-yorkaise. C’est ce que laissait entendre la soirée de vernissage de l’exposition “Le Confort Moderne”, jumelée pour l’occasion avec le festival “Less Playboy is More Cowboy”.

Le but de l’exposition “Le Confort Moderne”, proposée par Yann Chevalier et le commissaire associé Mathieu Copeland, vise précisément à révéler les nombreux points convergence, esthétiques, historiques et même physiques, que le centre d’art a toujours entretenu entre les cultures musicales et l’art contemporain. Le réagencement du studio d’enregistrement de Sympathy for the Devil avec des toiles de Claude Ruthault aux peintures d’Alan Vega ou les bande-sons d’Ikue Mori et d’Alan Licht pour les films de Mai-Thu Perret et Philippe Decrauzat, “Le Confort Moderne” est une exposition entièrement traversée par les rythmes de cette dualité.


Lors du vernissage, plusieurs lieux ont était investis tout au long de la soirée pour appuyer un peu plus la dimension contextuelle des concerts. Comme il se doit, Susan Stenger et F.M. Einheit ont entamé leur dialogue dans le garage, histoire de permettre à l’ancien membre des Einstürzende Neubauten de laisser libre cours à son art consommé de la destruction. Dans une envolée, soudaine et saisissante, les briques éclatent à coup de riffs percutants. Passée la fureur, la suite se présente sous des auspices plus bucoliques grâce aux magnifiques ballades de Laetitia Sadier. Des mathématiques cryptiques aux coups de coeur, elle nous invite à longer sa paisible rivière pour un moment de volupté, à l’heure où le soleil tend à décliner.

Borsalino et costard noir, c’est au tour de Rhys Chatam de venir empiler des couches sur une scène composée de deux oeuvres de l’artiste Olivier Mosset. Jouant sur les effets de démultiplications, Chatam entame un dialogue imaginaire, voire même quelquefois burlesque, avec les entités spectrales qui composent son répertoire. Plus tard, dans la cour, Nico Vascellari et John Duncan donnent une dimension encore plus littérale en jouant littéralement, à coups de massue, une sculpture imposante de l’artiste italien. Une introduction fracassante aux autres coups de boutoir que Martin Rev, dans une forme spectrale, assène sur son clavier. À l’instar des superhéros marveliens qui ornent son t-shirt, il déstructure ses beats techno comme s’il était animé par quelques pouvoirs.

La soirée se termine dans le bar avec un set survolté de James Chance qui, grâce à une sélection de r’n'b precussif et quelques rasades de Baileys, va électrifier la fin de soirée. Agrippant son sax ou plaçant sa voix, il diffuse un peu de sa folie jusqu’à tard dans la nuit. Même Rhys Chatham, qui n’a pas fini d’en découdre avec le dancefloor, vient le rejoindre à la trompette. Moment anthologique, un brin irréel, qui restera sans aucun doute dans toutes les mémoires du public nombreux présent lors de de cette journée hors-normes… et gratuite! Aucun doute, Poitiers rocks!


Einstein on the Beach


Le 25 juillet 1976, lors du Festival d’Avignon, Philip Glass, Robert Wilson et Lucinda Childs créaient la sensation à l’issue de la première de leur opéra Einstein on the Beach. Une fable surréaliste en 4 actes qui prend place dans une succession de décors librement inspirés par la vie du savant et l’univers de Wall Street.

Les créateurs eux-mêmes s’offraient le luxe de la surprise. La longueur de la pièce était telle, environ 4 heures 30, qu’ils n’avaient pas eu l’occasion de la voir sans interruption avant cette première représentation. Les ballets mécaniques de Lucinda Childs, les scansions rythmiques de Christopher Knowles, les musiques sérielles de Glass, le spectacle rompait avec les canons traditionnels de l’opéra grâce à un enchevêtrement d’expressions. Une véritable fission esthétique qui devait permettre aux spectateurs de vivre une expérience hors normes.

À cette époque, leurs productions étaient encore largement cantonnées aux réseaux de la scène downtown new-yorkaise et cet évènement allait leur offrir une visibilité internationale en imposant un jalon décisif en matière de spectacles vivants. Les trois septuagénaires n’ont jamais cessé d’être portés par la marée qu’ils avaient provoquée et, trente-six ans plus tard, ils ont décidé de se retrouver pour remettre à flot, une dernière fois, cet immense vaisseau.

Au complet, l’équipage est composé de près de 150 personnes et il faut compter des mois de répétitions pour parvenir à sertir le flot minutieux de compositions et de chorégraphies qui se greffent dans une succession de décors monumentaux. Après une première série de représentations à Ann Arbor et à Montpellier, “Einstein” faisait une escale au Barbican à Londres dans le cadre d’une tournée de sept dates.

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Blues Rules, les airs du mississippi


Pour sa troisième édition, le Blues Rules continue de proposer une programmation dédiée exclusivement au Delta Blues et au blues underground. Cette année le festival ne s’ouvrira dans la salle des Docks de Lausanne avec un préconcert de Paul Personne.

Rising Star Fife & Drums Band, qui perpétue la tradition d’une musique transportée d’Europe par des militaires écossais, se produiront samedi. On pourra également découvrir la rencontre entre Neal Black & Fred Chapellier, Paul James et, pour la première fois en Europe David Kimbroughs Jr. L’héritier talentueux de Junior Kimbrough, dont se revendique les Black Keys, Bono, Iggy Pop ou autres White Stripes.

Dimanche, on retrouvera Keith B. Brown célèbre pour avoir été immortalisé au cinéma par Martin Scorsese et Wim Wenders dans “The Soul of a Man”. En première européenne, Molly Gene One Whoaman Band et le Reverend John Wilkins viendront répandre un Blues teinté de gospel. Le programme comprendra également quelques voix locales. En particulier, les Frères Souchet, le nouveau projet de Robin Girod de Mama Rosin ainsi que l’intense Reverend Beat-Man.

CONCERTS

La Rumeur et Ursus Minor, hommage à Howard Zinn


La Rumeur et Ursus Minor se sont retrouvés au festival Sons d’hiver pour rendre hommage à l’historien américain Howard Zinn.

Par Eric Delhaye

« Dans une société aux modes de contrôle complexes, aussi brutaux que sophistiqués, les courants souterrains s’expriment souvent à travers les oeuvres d’art. Le blues, si nostalgique, cachait la colère. Le jazz, pourtant si gai, bouillonnait de révolte »C’est ce qu’écrivait Howard Zinn (1922-2010) dans “Une histoire populaire des Etats-Unis” (1980), son best-seller vendu à 30 millions d’exemplaires. Dans le langage de La Rumeur, ça donne ça : « On a les deux testicules du nabot posées sur la cheminée du salon ! » En 2003, Howard Zinn et Jean Rochard, patron du label Nato, avaient planché sur une version musicale d’”Une histoire populaire des Etats-Unis”. Neuf ans plus tard, samedi 11 février, le festival francilien (94) Sons d’hiver rendait hommage à l’historien, pacifiste, acteur du mouvement des droits civiques et théoricien de la désobéissance civile. Avec Ursus Minor, fer de lance de Nato, et La Rumeur qui avait été invité en 2008 à Minneapolis par le quartet américano-européen.

Retour d’ascenseur, à Vitry-sur-Seine, un bastion du rap français comme la chaude ambiance en attestait. La Rumeur, quinze ans de rap et pas le moindre répit sur le registre de la subversion. Mentionné plus haut, le trophée sur la cheminée vient récompenser la relaxe du groupe, en juin dernier après huit années de procédure, dans son procès pour “diffamation publique envers la Police nationale” : plainte avait été déposée par le ministère de l’Intérieur, alors dirigé par Nicolas Sarkozy.

Remonté à bloc, La Rumeur sortira son quatrième album le 26 avril prochain… entre les deux tours de la présidentielle. Election dont ils renvoient les candidats dos à dos, notamment parce qu’ils omettent de considérer l’immigration comme un « résultat du pillage des pays dont nous sommes issus », dixit Ekoué, d’origine togolaise. Sur des instrus vrillées de DJ Soul G, les flows d’Ekoué, Hamé et Philippe “Le Bavar” continuent en tout cas de cracher les textes les plus acides du rap français, et l’âge n’édulcore rien de la forme – hardcore – ni du fond – écoutez-les, lisez-les.

Photo: Paul Evrard

Howard Zinn aurait aimé, qui disait : « Je veux que mes lecteurs soient des acteurs de l’histoire, je veux qu’ils soient inspirés par les mouvements sociaux. » Tout comme il aurait aimé le concert d’Ursus Minor, musclé, référencé, articulé autour des grandes figures abolitionnistes, militants des droits civiques, féministes et syndicalistes évincées du conte de fée de l’American dream. Tony Hymas, Mike Scott, François Corneloup et Stokley Williams ont depuis longtemps digéré les musiques de lutte dans leur maelström de jazz, rock, funk et hip-hop (I Will Not Take “But” For An Answer fut l’un des albums de 2010). Soucieux de porter une parole, ils ont toujours convié chanteurs et rappeurs (généralement issus de la scène de Minneapolis), même si Stokley Williams est lui-même un superbe soulman qui s’est coltiné ce soir-là Strange Fruit, excusez du peu.

Les invités étaient des fidèles : Ada Dyer (présente sur Zugzwang en 2005), soul sister qui acheva sur un gospel extatique (« We Shall Overcome ») une prestation plutôt convenue ; la MC Desdamona et le beat-boxer Carnage The Executioner, présents la veille à Sons d’hiver avec leur projet Ill Chermistry, de la dynamite ; enfin Boots Riley (The Coup), qui somma le peuple de prendre en mains sa destinée. Mais on retiendra surtout les sessions spoken word de Mahmoud El Kati qui fit notamment vibrer le discours abolitionniste historique prononcé par Frederick Douglass en 1857 : « Là où il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès. »

Mahmoud El Kati était poignant, ce que le concert ne fut pas toujours, sur un répertoire allant de « Driva’ Man » (Max Roach, 1960) à « Billie Jean » (Michael Jackson, 1982). Confronté à la double carburation du message politique et du jeu collectif, Ursus Minor noya parfois son moteur, avant de lâcher les chevaux lors d’un final auquel La Rumeur participa. Il était tard. A Vitry-sur-Seine, un public métissé (âges, origines, opinions) quittait la salle et les bouquins d’Howard Zinn étaient glissés sous plusieurs bras ; à la même heure, on retrouvait Whitney Houston sans vie dans un hôtel de Beverly Hills. L’histoire continue.

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Tune-Yards, toujours occupée


En marge des disruptions diverses qui ont traversé Oakland ces derniers mois, Merrill Garbus continuait sa révolution pacifiste avec la sortie, entre autres, de son deuxième album W H O K I L L (4AD). Quelquefois comparée à Bjork ou a M.I.A, elle fait preuve d’un même penchant pour les expérimentations audacieuses et ludiques. Un talent brut à découvrir sur scène lors d’une des dates agendées dans le cadre de son retour en Europe.

CONCERTS

  • 16.02.12 Tourcoing / Grand Mix
  • 17.02.12 Rennes/ Ubu
  • 18.02.12 Rennes / Maroquinerie
  • 19.02.12 Grenoble / Le Ciel
  • 20.02.12 Düdingen / Bad Bonn
  • 22.02.12 Bruxelles / Botanique

tUnE-yArDs, Bizness (2011)

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Rico Rodriguez, souffle de vie


Une légende sera de passage aux Docks de Lausanne le 03.02.2012 puisqu’à travers Rico Rodriguez, il est possible de ratisser plus d’un demi-siècle de musiques populaires jamaïcaines. Il découvre le trombone lorsqu’il est pensionnaire de la Alpha Boys Catholic school où son professeur, Don Drummond, avait déjà soufflé ses premières notes avant de fonder The Skatalites. Très vite, il écume les dancehalls de Kingston avec les pionniers qui s’attelaient à donner un nouveau souffle aux musiques traditionnelles.

Son influence deviendra encore plus manifeste après son exil sur le Vieux Continent au début des années 60. Selon le sociologue Paul Gilroy, Rico Rodriguez a marqué un tournant décisif dans l’hybridation qui a touché les musiques populaires anglaises durant les années 70. À ce titre, “Rico’s Message (1967) représente une combinaison imprévisible de funk, de dub et de rythm’n’blues uniquement envisageable dans le Londres de cette époque”.

Il deviendra d’ailleurs une figure emblématique du revival ska des années 70 avec The Specials. Ambassadeur honoraire des rythmes à contre-temps, Rico occupe une place de choix le hardcore Continuum, la cartographie que Simon Reynolds propose pour décrire l’évolution des musiques populaires d’après-guerre. Ce passage en Suisse lui permettra de se remémorer quelques souvenirs puisqu’il y a séjourné de nombreuses années durant les années 80 et 90.





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