La Maison du Village de Saint-Rémy-de-Provence propose une exposition de photographies de Jimi Hendrix par Steve Hiett. Reportage et rencontre sur place
Le 8 août dernier, je suis descendu en voiture à Saint-Rémy-de-Provence. L’excuse était de m’offrir un petit bonus de vacances, mais en réalité je savais très bien que je n’aurais pas fait le voyage uniquement dans ce but. Il se trouve qu’une exposition de photographies de Jimi Hendrix avait lieu à la Maison du Village de St-Rémy. Je n’avais jamais vu ces images, et je ne connaissais pas plus le nom de celui qui les avait prises. J’étais intrigué.
Rendez-vous fut donc pris avec M. Steve Hiett qui, renseignement pris, était un photographe de mode de 70 ans qui avait, lorsqu’il avait 30 ans, assisté au festival de l’île de Wight, où se produisit très tard dans la nuit Jimi Hendrix .
Lorsque je pénètre par une petite rue à la Maison du Village, l’ambiance est toute entière habitée par l’esprit de Hendrix. Les magnifiques tirages de Hiett (dont plusieurs sont déjà vendus) sont accrochés sur tous les murs de la maison d’hôte. Dans le jardin, des jeunes gens, tous affublés d’un t-shirt à l’effigie du guitariste, s’affairent autour d’un sound system et accrochent un écran de fortune où sera projeté, à la nuit tombée, le concert de l’île de Wight. Depuis un mois que dure l’exposition, les aficionados de Hendrix n’ont cessé de passer à St-Rémy. Lorsque j’arrive, un jeune homme, flanqué d’un exemplaire d’Univibes (l’ultime fanzine sur Jimi) sous le bras, est en pleine discussion avec Patricia Belac, la propriétaire des lieux. Celle-ci semble charmée par toutes ces rencontres. “Avant, je connaissais Hendrix, aujourd’hui je l’écoute”, me dit-elle les yeux brillants avant de reprendre son téléphone et répondre aux nombreuses sollicitations.
“Vous verrez, M. Hiett est un homme très simple”, me dit Patricia. Ce qu’elle ne m’avait pas dit (ou n’avait pas eu le temps de me préciser), c’était quel genre d’homme était Hiett. Je le découvris par moi-même. “Je n’ai jamais vraiment voulu être photographe, commence-t-il par me raconter. La technique ne m’intéressait pas, et ne m’intéresse toujours pas. Je voulais être musicien, j’ai d’ailleurs été guitariste dans The Pyramid, un groupe qui a connu un certain succès avec son premier 45 tours.” En 1967, en effet, Hiett forme avec le chanteur Ian Mathews (futur Fairport Convention) et John Paul Jones (futur Led Zeppelin) un groupe dont le 45 tours “Summer Of Last Year” se classe treizième dans les charts anglais. The Pyramid est un croisement entre les Beach Boys (le groupe préféré de Hiett, méprisé alors en Grande-Bretagne) et la poésie beat de Jack Kerouac. Malheureusement, l’album prévu ne vit jamais le jour. Hiett s’électrocuta sur scène avec sa guitare, passa plusieurs mois à l’hôpital et, lorsqu’il en sortit, Mathews avait d’autres projets en route.
Mais le rock n’avait pas tout à fait lâché Steve Hiett. Un jour qu’un ami manager lui propose un billet backstage pour le festival de Wight, il se décide de prendre quelques photos. “Ce jour-là, il faisait très froid, il était trois heures du matin et j’hésitais vraiment à rentrer. Je suis resté pour écouter Hendrix et j’ai pris quelques photos, sans vraiment cadrer parce que c’était très sombre.” Petit à petit, les souvenirs reviennent dans l’esprit du fringant septuagénaire. “Contrairement aux autres groupes, Hendrix n’avait rien avec lui à Wight, à part ses trois guitares: sa Stratocaster, une autre Strat de rechange – s’il cassait une corde –, et sa Flying V. Un seul roadie. Il ne faisait pas de soundcheck, et accordait ses guitares manuellement, à l’oreille. C’était très low-tech.”
Hiett entend des choses que l’on n’entend pas forcément lorsqu’on écoute Hendrix. “Ecoutez bien “Angel” et “The Wind Cries Mary”. Sur certaines progressions d’accord, on entend l’influence de la country music sur Jimi”. Lorsque ce dernier morceau passe sur les enceintes, il nous en fait la démonstration. On est sidéré par la découverte. Mais il est déjà tard, et l’heure de reprendre la route. On quitte Steve Hiett et la Maison du Village pour repartir en sens inverse. La nuit tombe doucement sur la Provence et ses Alpilles rosies. On se dit alors qu’à Saint-Rémy, le peintre du son électrique aurait composé de bien beaux morceaux.
A voir
Saint-Remy-de-Provence, jusqu’au 30 septembre. Informations sur le site Internet de la Maison du Village
Vidéo
The Pyramid, “Summer Of Last Year” (1967) avec Steve Hiett à la guitare













