En juin, nous nous sommes rendus dans le Mississippi avec quelques idées bien précises derrière la tête. En contrepoint de l’article paru dans le magazine Vibrations, voici notre reportage en photos
PHOTOS ALEX POINTET / TEXTES PIERRE-JEAN CRITTIN

A Vermillionville, Lafayette, on peut sentir battre “le coeur français des Amériques”. Et écouter de la musique cajun et zydeco authentique dans un dancehall tout en bois. Les photos des vieux maîtres sont affichées au mur. Dans la salle, le plancher est super pour glisser et danser le “two-step”.

Eux, c’est le Jeffrey Broussard & The Creole Cowboys, qui jouent encore le zydeco traditionnel. A la guitare, D’Jalma Garnier III n’est autre que le frère de Tony Garnier, bassiste et directeur musical de Bob Dylan depuis 15 ans. Il y a en effet comme un air de famille.

En sortant, on aperçoit la voiture de Jeffrey Broussard. Visez la plaque!

Depuis le magnifique Hotel Monteleone, bâti il y a bien longtemps par un Sicilien dans le French Quarter, on a une vue imprenable sur la Nouvelle-Orléans. Un arrêt “chic” qui contraste avec la vision de notre arrivée en bus par le higway. Là, on voit une trainée jaune sur les murs, révélant la hauteur de l’inondation provoquée par Katrina. C’est une chose de le savoir, c’en est une autre de le voir.

Bentonia, Mississippi. C’est de là qu’est parti Skip James pour enregistrer ses chansons à la ville. Un sacré pélerinage pour nous. Quand le train passe (et il passe souvent), tout Bentonia vibre au son des dreling-dreling-dreling. On y reste toute la journée et une partie de la nuit.

Le fameux Blue Front Café de Bentonia. Un minuscule juke-joint dont seule l’enseigne a été repeinte récemment. Comme il fait très chaud, on y sort et on y rentre régulièrement se désaltérer, et écouter des jam-sessions.

A l’intérieur du Blue Front. Il est 13h et la bière coule déjà à flot. On est assez vite repéré, surtout qu’Alex Pointet a sorti son carnet de dessins.

Aaron “Baby Bell” Bell, casquette vissée sur la tête, est un des habitués du lieu. Il accompagne souvent le patron des lieux, Jimmy “Duck” Holmes à la guitare. Pure juke joint music!

Il est 18h. Le 35ème Blues Festival de Bentonia commence avec cinq heures de retard! La grande scène, c’est un camion-remorque installé devant le Blue Front Café. T-Model Ford, accompagné de son petit-fils à la batterie ouvre les festivités. T-Model est assez mal en point physiquement, mais une fois installé sur sa chaise, il est difficile de l’en déloger.

Belle découverte que le Homemade Jamz Band, trois jeunes de Tupelo qui jouent dans le style d’Albert King. La batteuse a huit ans, le bassiste 12 et le guitariste 15! Papa est sur scène à l’harmonica, mais il ne joue presque pas.

Enfin! On était venu pour lui et il a fallu attendre la tombée de la nuit pour que Jimmy “Duck” Owens, le gardien de la flamme du blues de Bentonia (le plus inquiétant et sinistre qu’on puisse entendre) monte enfin sur scène. Hélas, ce sera pour un unique morceau. C’est comme ça: il peut jouer trois heures de suite ou pas du tout.

Le lendemain, on visite Como, la ville de Jessie Mae Hemphill, chanteuse de blues décédée l’année dernière à laquelle Alex et moi vouons un culte proche de la dévotion. Mais il est dimanche, et la ville est déserte. Olga, qui s’occupe de la Fondation Jessie Mae Hemphill, est partie. On l’a eu au téléphone le soir d’avant. Elle nous conseille d’aller faire un tour au cimetière de Senatobia où Jessie Mae a été enterrée.

On quadrille le cimetière pendant une bonne demi-heure, sous un soleil de plomb, avant de trouver sa tombe. Façon de parler: une petite croix blanche plantée à l’écart avec, inscrits à la main, ces quelques mots: “love you miss you”.

On tourne en rond un bon moment avant de trouver le ranch de Big Jack Johnson à West Helena à la frontière de l’Arkansas. Big Jack est un des artistes qui se produit à Paris au Festival d’Ile de France en septembre dans le cadre d’une thématique sur le Mississippi. L’accueil est chaleureux. La cuisinière de Big Jack a préparé un barbecue énorme. Big Jack, lui, a passé sa journée sur un cheval. Dans la tempête, il nous gratifie de deux morceaux sur une scène de fortune installée dans son jardin.

Le légendaire batteur Sam Carr est là aussi, mais il reste dans sa camionnette, car il fait trop froid. Du coin de l’œil, il observe la scène. Même pour les interviews, il ne sortira pas. Les journalistes devront se serrer à l’arrière de son truck pour lui parler.

Le Ground Zero à Clarksdale a été ouvert en septembre 2001 par Morgan Freeman, un natif du lieu. Situé à côté du Blues Museum près de la gare, cet entrepôt accueille un club de blues et de jazz où il fait bon se rendre pour écouter de la bonne musique en mangeant de la soul food (ce soir au menu: du poisson-chat). BB King y joue régulièrement quand il est dans le coin. Ce soir, le pianiste Mose Allison, encore un natif de Clarksdale, est de passage.

L’intérieur du Ground Zero tranche avec son extérieur industriel. Une salle à manger meublée avec des grandes tables en bois recouvertes de nappes blanches accueille un public d’amateurs de blues de tous âges et conditions sociales. Le gérant nous reçoit chaleureusement en nous précisant que le mobilier lui a coûté en tout et pour tout 25 cents.

L’auteur de ces lignes, quelque part près d’Helena (Arkansas), au bord d’un lac étrange d’où sortent des arbres-totems.

Alex Pointet, l’auteur des photos et dessinateur. Il veut rester, mais on doit rendre la voiture.






