
Les disques qui comptent pour Laurie Anderson. Après dix ans de silence, l’artiste publie « Homeland », d’intimes confessions où elle revient sur l’état des Etats-Unis en ce début de millénaire. Pour le coup, elle a même accepté de jouer le jeu de l’île déserte, à condition de pouvoir y mettre quelques musiques associées à des images. « C’est la toute première fois. C’est toujours très drôle et très instructif de voir ce qui est source d’enchantements et d’inspirations pour les musiciens. Ce qu’ils cachent dans leur tête ! »
Chris Marker « la Jetée »
Des images apocalyptiques d’après le grand désastre nucléaire, avec la musique de Trevor Duncan. Et puis, « Sans Soleil », un autre film de Chris Marker tout aussi visionnaire, dont la bande-son repose sur une voix.
Christophe Chassol « Ultra scores »
Un très beau DVD que je viens de découvrir en France. Ce pianiste qui a étudié la musique de Steve Reich et a accompagné un chanteur indien pose sa musique, faite de samples, sur des images incroyables.
Sergueï Rachmaninov « Concerto pour piano n° 3 »
La touche romantique et la plus complexe à la fois par un des compositeurs les plus austères. Pas de show off, tout est intériorisé.
Billie Holiday « Strange Fruit »
Le blues des origines et l’origine du blues. Sans doute ma chanson préférée de tout temps. Vous pouvez l’écouter dans sa première version ou plus tard. Peu importe : elle a chanté ce poème mille fois, et sous sa voix, c’est toujours une nouvelle histoire, le même drame.
Frank Sinatra « April In Paris »
C’est de saison ! Je n’arrête pas de l’écouter dans l’hôtel où je suis. Ça m’a permis de réaliser que Sinatra était un excellent chanteur. Une diction parfaite et un réel sens de l’interprétation. Tant pis pour le cliché : c’est la vérité.
Doveman « The Conformist »
Thomas Bartlett est un pianiste tellement timide et un chanteur à la voix si douce… Chacune de ses prestations en devient un moment en suspension, extraordinaire. Il a joué avec beaucoup de musiciens new-yorkais, d’Antony à David Byrne.
Marc Ribot « Party Intellectual »
Pour « Fuego », une chanson au répertoire de son projet Ceramic Dog : c’est une messe, avec une énergie irradiante.
Lou Reed « Complete Works »
Je pense que j’ai dû tout écouter, mais en même temps, il me faudra toute une vie pour apprécier la portée de chacune de ses chansons. Ecouter Lou Reed de toute façon, ça ne fait jamais de mal.
Astor Piazzolla « Rough Dancer and The Cyclical Night »
Buenos Aires reste une ville à laquelle je suis beaucoup attachée. Et le son du bandonéon de Piazzolla, tout comme l’esprit de ses compositions, me touche d’autant plus qu’il est produit par un ogre new-yorkais.
Fedor Dostoïevski « Crime et châtiment »
L’écriture et la dramaturgie se prêtent à l’écoute d’un livre sonore. C’est même le format parfait pour plonger dans la noirceur de ce roman. Peu importe qui le lit, du moment que c’est en américain.
Recueillis par Jacques Denis
ALBUM
- Laurie Anderson « Homeland » (Nonesuch/Warner)
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